Archives Mensuelles: septembre 2014

Volutes

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à ma mère

La jeune poétesse
boit une bière dans un café le long des quais
Les cacahouètes qu’elle picore ont encore leur peau velue
elle l’enlève d’un coup de langue
Les cacahouètes sont salées
haha ! nectar du sel sur ses doigts

La jeune poétesse
a téléphoné à sa mère
et marché longtemps dans la ville
le téléphone contre l’oreille
ne percevant que le soleil et l’ombre, la lumière
la chaleur du soleil sur ses fesses comme deux grandes mains joyeuses

Elle regarde
le soir qui tombe sur la ville qu’elle aime
la coupe grise du ciel
et montant du sol,
les petites billes électriques des lampadaires
la couleur mordorée des sièges
de la terrasse du bar

Le couple à côté d’elle mange de la salade
les passants passent, les pédaleux pédalent, les élégants élégantisent !
La brume sur sa pensée
à nulle autre pareille …
les volutes de la nuit, de la bière et de sa fatigue
veloutées

Ecrire pense la poétesse
écrire et vivre
sentir, sentir le soir
Ecrire c’est vivre !
pour un empire
pour un empire je ne la céderai pas
Ecriture mon empire
ma façon de vivre
mes antennes, ma peau
feuillage de mon soir, écrin
vibration merveilleuse

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ma folle attache

Par défaut

Je passe des heures dans la ville
à marcher
traîner chez les libraires
regarder
arpenter
Je passe des heures dans la ville heureuse

le fleuve murmure
les passants m’entourent
les lumières brillent comme des sœurs

Quand la fatigue, la faim viennent
je pose mes fesses sur la chaise
d’un bar, d’un café
l’été en terrasse, l’hiver près de la terrasse
Je lis, parfois écris
écoute
savoure
m’immerge

Puis soudain remonte
mystérieusement
l’envie de Rentrer
pousser la porte
et retrouver le visage les bras
la présence totale, vive et surgissante
le corps, la tête de mon ami
la chaleur les paroles
Les yeux levés vers moi
qui m’attendaient
Les bras qui m’attendaient

Repaître mon corps, mon âme
manger, boire, à pleines mains
à pleines gorgées
la nourriture amie, bienveillante et belle

Reposer mon corps dans le berceau de ses bras
reposer mon âme

Après la folle liberté
la ville et le vent,
Ma folle attache

Nous sommes deux amants

Par défaut

Nos corps délaissés par nos âmes emportés par le sommeil
dans le lit sont semblables
à deux squelettes très anciens

Après la nuit
nos os blanchis dans le secret
sont exhumés, mis à jour
dans un monde nouveau

Il ne reste rien de nos maisons
des arbres, des visages que nous aimions
recouverts par la terre
Il n’est demeuré que nos corps
traversant les âges

Les archéologues sous le soleil
ont délié nos os du sable
Dans la peine sont apparus
nos deux squelettes
enchâssés l’un dans l’autre

Le vent souffle sur nous Ton bras
passe sur ma taille
Nos bassins se touchent Ta tête
est dans mon cou

Les archéologues se demandent
d’où venait le bracelet qui brille à mon poignet
Les archéologues se demandent
Qui nous étions

Ils s’éloignent et sous le soleil
Nous continuons à dormir ensemble

Le vent souffle et la lumière
a ta chaleur
Le vent souffle et le sable
sur mes os prend la courbe
ronde de ta peau

Les années passent Le sommeil
enfouit mon âme puis la ramène
à la lisière de la vie
Je souris car j’ai senti
sur ma nuque
TON souffle

Ta main chaude sur ma cuisse pleine !
emplie de sable
Et le murmure de tes rêves
dans mes cheveux qui reviennent
bercés par le vent

La courbe de ton corps, autour du mien parcouru, Animé
Tes pieds autour de mes pieds
Le Vent de Dieu autour
et en nous

La chaleur sous mes yeux
le mouvement de mes lèvres
Ton doigt sur mon sein
fait couler la vie dans mon corps

Le sable se lève
Nos corps se serrent emplis de chair
de poils
de sang et de chaleur
Je me tourne pour boire à tes lèvres
gorgées de vie

Nos yeux voient, nos peaux perçoivent
nos muscles bougent
Je t’aime et je te désire
Quand tu me pénètres mon cri
nous propulse hors du désert

Je me souviens du silence

Par défaut

Je me souviens du silence
Dans la maison de mes parents
De la pénombre
L’après-midi

Ma mère venait déjeuner avec moi
Puis repartait à son travail
Mon père rentrait le soir

Je mettais les assiettes dans le lave-vaisselle
Rangeais, passais l’éponge sur la nappe
Puis montais l’escalier
Et tirais les rideaux sur la chambre
Où parfois filtrait la lumière
Pleine de soleil

Je me couchais Le lit
Ouvrait ses bras raides et lisses
Et les refermait sur mon corps

C’était le temps où mon mari travaillait comme journaliste
Aux quatre coins du monde en guerre
Loin des champs,
Du ciel immense et de mes bras
De son pays

Il partait trois semaines, parfois un mois
Et j’avais voulu vivre quand il n’était pas là !
sortir, lire, peindre
Mais je n’y étais pas parvenue

Mon cœur a lâché depuis, j’ai cessé d’aimer
Les champs s’étendent toujours
Sous mes fenêtres et je me souviens
Je pleurais et ne pouvais
Ni écouter les informations
Ni ne pas les écouter

Je priais et tous les jours
Je confiais sa vie à Dieu
Mais j’avais peur jusque dans la prière

Les ombres passaient dans la chambre
Je me souviens du plafond blanc
Des fenêtres lambrissées

Il me portait entre les tirs
Je le portais dans le silence
Dans les détours
Des couloirs vides
Je le portais dans le silence de la maison de mes parents
L’après-midi

Mon bel amour
Je revoyais ses cheveux ses yeux
Son front aimé et je pleurais
Je revoyais ses mains
Comme s’il était déjà mort
Qu’il m’était déjà enlevé

Soir

Par défaut

J’ai posé mon sac et mon manteau
Ouvert la fenêtre sur la ville où le soir tombe
Les allées et venues des voitures me parviennent
Monotones et semblables

La chambre d’hôtel est grise et chaude
J’ai ouvert la fenêtre sur la ville où la pluie coule, comme un manteau noir
Et qui par endroits brille

Je voudrais dire à ma mère qu’elle ne s’inquiète pas
Je sais que son cœur tremble et j’entends ses pleurs dans la rumeur, ancienne de la ville

Mon rêve est solide comme la pierre
Mon rêve est plus solide que la treille de fer qui nous tient lieu de jours
Il brisera la treille des jours

J’ai voyagé pendant la nuit, pendant le jour
Je vais m’étendre sur le lit et me défaire de mes fatigues
Mon passé se détachera de moi comme une peau usée
Ma mère me fermera les yeux par des baisers

Beth

Par défaut

Je m’appelle Beth
J’ai toujours habité près de la mer
dans un village de la côte Ouest des Etats-Unis
Quand j’étais enfant je passais des heures dans l’eau
– il y a chez ma mère une photo,
où l’on me voit, nageant sur le dos

Je m’appelle Beth
Le jour de mon mariage
je n’ai pas voulu ouvrir le bal
et danser la première valse avec mon mari
devant les invités
Je savais que je privais ma mère d’une joie profonde
Mais c’était au-dessus de mes forces

Les années ont passé
Mes filles sont sorties
de mon ventre toujours plus large
inépuisable

Les années ont passé
Tressant mes chairs et suçant mes remords
Mon corps a produit une coulée de graisse
Refermée sur mon âme

Je m’appelle Beth
J’aime la musique Rock and Roll
l’odeur de la mer
et les fleurs
J’ai une chatte qui s’appelle Kitty
une Siamoise qui l’après-midi
vient s’endormir contre moi

Je m’appelle Beth
Je pèse 160 kilos
Je sais le jour où je ne me lèverai plus de mon canapé
ne cuisinerai plus pour mes filles
et ne m’habillerai plus

Quand mes jambes ne me portent pas
quand la télé ne m’emporte pas
J’échoue mon corps sur le lit et je rêve
Que mon ventre assez large pour réunir mes quatre filles
les contient toutes

Que le lit dérive et les mille et milliers de cellules
qui composent mes chairs
se désagrègent lentement