Archives Mensuelles: août 2014

Antoinette

Par défaut

Antoinette avait 65 ans la dernière fois qu’elle était venue chez ses beaux-parents avec son mari, Paul. Ils y avaient passé de nombreux week-ends, presque tous les deux mois, mais depuis qu’ils s’étaient lancés dans les travaux de leur salle de bain qui leur avaient demandé tellement de temps, ils n’y étaient pas venus depuis six mois.
Antoinette, qui avait été institutrice toute sa vie était à la retraite depuis quelques semaines. Paul travaillait toujours et elle avait passé ces dernier mois dans une grande solitude. Ses amis étaient occupés, les travaux finis, ses enfants partis depuis longtemps. Le matin elle s’était occupée de son balcon, de son appartement, puis elle avait regardé un peu la télévision avant de s’enfoncer pour l’après-midi dans la pénombre de son salon, les stores baissés contre la chaleur de l’été. Elle se renversait contre sa méridienne et laissait sa pensée serpenter, se ramifier, s’estomper. Souvent elle s’endormait, les mains sur le livre qu’elle n’avait pas ouvert.
Antoinette s’était réjouie à l’idée de passer le week-end à la campagne, dans la grande maison de ses beaux-parents. Il lui semblait partir en escapade, hors de la ville, avec son mari. Elle avait babillé pendant tout le trajet.
Tous étaient ravis de se retrouver. Aussitôt, les parents avaient voulu leur montrer, juste devant la terrasse, la belle piscine qui était tout juste terminée. L’eau miroitait sous les arbres. La pelouse s’étendait à perte de vue et Antoinette avait eu envie de s’élancer sous le soleil couchant, dans le vent qui faisait tinter les feuilles.
Un grand repas les attendait. La soirée s’était prolongée joyeusement, assez tard, et quand tous s’étaient couchés, Antoinette s’était endormie serrée contre Paul, dans le lit où ils avaient dormi régulièrement depuis leurs premiers jours de mariage.
Paul était déjà levé quand elle s’était réveillée. Elle était descendue dans la cuisine où elle avait trouvé une petite note l’informant qu’il était parti avec ses parents faire des courses. Elle ne comprit pas pourquoi ils ne l’avaient pas réveillée pour qu’elle vienne avec eux. Elle se versa une tasse de café, qui était encore chaud, et le sirota à petites gorgées sur la terrasse. Le jardin éclatait de fleurs et de lumière. Des abeilles venaient bourdonner près d’elle. La piscine étendait son corps. Elle se força à rester assise jusqu’à avoir fini son café. Ses yeux clignèrent plusieurs fois contre la lumière et contre des larmes très petites et piquantes. Elle se leva, rinça sa tasse et monta prendre une douche. Elle se séchait les cheveux quand ils rentrèrent. Elle les entendit décharger leurs sacs sur la table de la cuisine, tirer des chaises. Paul l’appela « Antoinette! Antoinette, tu es réveillée? » Un jet d’énergie et de joie lui monta du ventre et elle retira la blouse qu’elle avait enfilée pour passer une jolie robe orangée, achetée lors d’une de ses premières matinées de retraite. La fermeture éclair glissa souplement le long de sa taille. Emportée dans son élan, elle mis aussi des boucles d’oreille rondes et une touche de rouge à lèvres.
Quand elle descendit, sa belle-mère l’appela aussitôt à la rescousse. « Antoinette! tu as bien dormi? Tiens aide-moi à éplucher les pommes de terre, on va faire un gratin. » Elle se retourna pour passer un tablier et s’assit à côté de sa belle-mère qui bavarda gaiement. Paul entra, lui sourit et lui embrassa la main. Il sortit dans le jardin. Le gratin cuisait. Elle se leva pour le suivre. « On va faire encore une salade de tomates, ça te dit, ma chérie? » Cela faisait des années que sa belle-mère l’appelait ma chérie, et à chaque fois, elle ressentait une grande tendresse. Elle attrapa le panier de tomates et se mit à les trancher.
Paul et son père discutèrent politique pendant le déjeuner. La mère riait de leur air passionné. Quand Antoinette se leva pour aider à débarrasser, elle s’aperçut qu’elle n’avait pas dit une phrase de tout le repas. La belle-mère monta faire sa sieste. Antoinette sentit sur son épaule la main chaude de son mari, la chaleur qu’elle attendait tellement! « J’ai retrouvé tout un carton de mes bandes-dessinées! Profite de la piscine » Il lui chipa un baiser « J’arrive ».
Antoinette monta comme un robot et enfila son maillot. La maison était silencieuse. Elle hésita à rejoindre Paul dans le grenier. Elle savait qu’il serait ravi de lui montrer tous ses anciens trésors. « Oh, et puis à quoi bon? » Le jardin brillait par la fenêtre.
Elle marcha lentement sur l’herbe puis sur les dalles de la piscine. Un vent frais soufflait. Elle toucha l’eau du bout du pied, glaciale. Elle s’enroula dans sa serviette et s’allongea sur le transat. La toile épousa parfaitement son corps. Sa gorge était serrée. Elle chercha à prendre une position avantageuse, pour que Paul la trouve belle quand il arriverait. Elle eut vite assez de se cambrer et tourna son visage vers le jardin. Le vent balançait les longues branches d’un saule pleureur. Il soufflait dans les branches, merveilleusement.
Elle se retourna une dernière fois. La maison dressait sa façade blonde. Le vent faisait tinter un petit grelot. Paul restait avec ses bandes-dessinées. Il était chez lui, dans ce qu’il aimait, il ne ressentirait pas, comme elle, le besoin de la retrouver. Elle tourna le visage vers le jardin. La voûte du ciel rejoignait les grands arbres. Et les nuages, comme des flocons, passaient, les uns aux dessus des autres. Elle ferma les yeux. Le grelot tintait et le vent, souple comme de l’eau, passait sur la piscine, passait sur elle et les arbres, les feuilles, passait sur son front, les plis de ses veines, les souvenirs, passait sur les heures et les joignit au ciel grand ouvert.

Publicités

Une longue marche

Par défaut

Une longue marche
Un long soleil
Un long parcours
A travers mille et un déserts

Voici la ville
Les lignes de ses boutiques
De ses maisons
Vacillantes

Mes jambes, encore, mon cœur
J’entre dans un café
Je n’ai pas de quoi payer
Mais je m’assois
Et commande des anchiladas
un milk shake

Pendant l’attente
Ma vie dans mes mains
Et mon souffle :
A un fil

Les refrains à la mode
bourdonnent

Puis la nourriture se déverse en moi
M’emplit et me chauffe
Je laisse les chansons emporter mon âme

retour

Par défaut

C’est moi
Je viens me reposer un peu
du soleil de juillet
à ton ombre

J’ai beaucoup marché
J’ai beaucoup écrit
et porté mes affaires que j’ai perdues
les unes après les autres

C’est moi
Je suis revenue
Je savais que tu serais là
et je t’en remercie

J’ai soif
Apporte-moi à boire
apporte-moi de l’eau
J’ai pleuré aussi,
sous l’ardent soleil

C’est moi
Merci pour le lit
Merci pour la chambre
Et ton corps contre moi
la vallée fraîche de ton ombre