Archives Mensuelles: mars 2013

Scénario fiction sonore Le carnet

Par défaut

1.
intérieur chambre
narration intime
28 ans

Sans Max, je suis seule au monde.
Je reste des heures étendue sur le plancher, à regarder le plafond, et un coin de ciel.
Le soir, je me mets à ma fenêtre. Le magma de mes pensées se fige, mais la lumière ne pénètre plus jusqu’en moi.
Je ne trouve de répit que dans la mémoire, et passe mes nuits à regarder des photos, dans l’espoir illusoire d’étancher une soif, toujours plus ardente, de souvenirs.

Hier, en cherchant des photos de nos premiers voyages, j’ai retrouvé une boîte contenant quelques souvenirs des deux années que j’avais passées à Bruxelles, quand j’y étudiais la photographie, juste avant de rencontrer Max.

Des papiers, et un carnet, que je ne me souviens pas avoir tenu.
Je l’ouvrirai ce soir.

2.
plongée dans le carnet
intérieur train

21 mai 2007
dans le train pour Nice.
Cela fait presqu’ un an que je n’ai pas revu la famille.
Et ce trajet que je connais pourtant par coeur.
Paris, Lyon, Avignon, Aix-en-Provence, Marseille, Cannes……

fondu ambiance

3.
intérieur chambre maison enfance
ambiance quotidien famille

Incroyable cette sensation qu’on a quand on pousse la porte de la maison dans laquelle on a grandi. Les couleurs, les odeurs, tout a resurgi et s’est refermé sur moi. J’aurais voulu que cet instant ne s’arrête jamais.
J’écris dans ma petite chambre. Les cadres sur les murs et les photos qui me plaisaient. Tout ce qui était classique, conventionnel. Comment ai-je pu aimer ça ?
A chaque fois que j’ouvre une boîte, je trouve dedans des perles, des papiers. Ma chambre regorge de ces cachettes secrètes que je retrouve une par une.

Blanc
intérieur chambre maison enfance nuit

4h45
reviens d’une soirée avec Marine. Rencontré un gars sympa. On a baisé derrière le bar. J’étais ivre.
Bizarre de me coucher dans ces draps avec l’empreinte de son sexe en moi…..

4.
28 ans. intérieur chambre

La petite fille de ma chambre d’enfant me paraît aussi lointaine que l’étudiante que j’étais il y a cinq ans. Je ne me reconnais pas.
Il me semble ne jamais avoir été ces étrangères.

5.
carnet. Ambiance réunion famille

23 mai.
Repas de famille pour l’anniversaire de ma tante. Ai parlé avec ce cher cousin Julien.
Julien : et toi tu en es où dans tes études ?
Anne : Je continue la photographie à Bruxelles. Ca me plait beaucoup.
J : Ah oui, photographie. Photographie….. « artistique? »
A (riant): Ha ha si on veut oui, oui on peut dire ça.
J : et…tu vas pouvoir en vivre ?
A : Je pourrai travailler avec des journaux, des associations. Là en juin je voudrais participer à un projet autour de la photo, en Grèce. Enfin, on est encore deux à vouloir le faire donc j’attends la réponse de l’association, j’espère vraiment qu’ils vont me choisir moi.
J : Et à ton retour ?
A : Je ferais d’autres boulots à côté.
J : Ah ouais? Et quel genre?
A : Eh bien caissière si c’est ce que tu veux entendre! Ce que j’aime, c’est la photo, c’est mon truc et c’est ce que je ferai même si ça doit passer par des boulots merdiques. Et d’abord pourquoi est-ce que je n’y arriverais pas, hein? Pourquoi est-ce que personne ne voudrait de mon travail?

Abruti va. Est-ce que je viens mettre en doute sa capacité à construire des trucs, moi, avec son diplôme à la con? Pourquoi est-ce que je devrais avoir à me justifier et chercher à prouver que c’est possible? Qu’est-ce que ça peut lui faire à lui? C’est mon affaire, point barre, je tracerai ma route comme je pourrai et j’espère toujours garder cette volonté en moi. Je vivrai, j’essayerai, et je ferai ce que j’ai à faire, dussé-je m’en brûler les deux ailes.
J’irai en Grèce, je vivrai de trois fois rien, l’appareil photo greffé à la peau, et mon corps ne sera qu’un oeil immense.
Je reviendrai fauchée ou ne reviendrai pas, poursuivant ma route sans chercher à deviner où elle me portera, l’écoutant, la vivant, attentive jusqu’à épouser ses détours, devenant moi-même route et passage du temps.

6.
28 ans. Silence

Je n’ai jamais aimé personne comme j’ai aimé Max. C’est impossible à exprimer. Toutes les fibres de mon corps se tendaient vers lui. Jamais je n’en étais lassée. Je n’étais habitée que par le désir d’être avec lui, et quand nous étions ensemble, de l’entendre, de le regarder. Jusqu’à la fin je suis restée émerveillée par chacun de ses gestes.
Il n’y a rien au monde que je désirais plus que d’être avec lui. J’étais entièrement comblée.

7.
carnet. Intérieur chambre ambiance maison

24 mai
reçu ce matin une enveloppe portant le cachet de l’association grecque. Ai passé la matinée à tourner en rond, l’esprit rivé à cette lettre comme à un clou et pourtant incapable de la lire
Elle est là, sur le bureau, juste à côté de moi, elle qui peut m’ouvrir le monde.
Petite enveloppe carrée…. Vraiment carrée…. (la tourne entre ses doigts) Vraiment petite. Han, si c’était moi ils m’auraient envoyé des documents avec, elle ne serait pas comme ça. Là, ça va être juste une feuille pour me dire que… (ouvre l’enveloppe à toute vitesse)
(sort la lettre
déchiffre)
We are happy to announce you that …
Oh mon Dieu! Oh …..
Maman!!!
C’est bon!
La Grèce!
Oh j’y crois pas, je… (secoue la lettre)
C’est bon!! (sort de la pièce en courant)
(L’ambiance se prolonge dans la scène suivante)

8.
28 ans. chambre. Bruits du quotidien

Je ne suis jamais allée en Grèce. Tout de suite après j’ai rencontré Max, il travaillait en France, et j’ai tout arrêté pour rester avec lui. Je n’ai même plus fait de photos.
Il ne m’avait rien demandé, au contraire, il m’incitait à reprendre, mais c’est vrai, je n’ai plus jamais tenu mon appareil-photo entre les mains. J’en ai oublié jusqu’à son poids, jusqu’au contact de son corps froid, quand je le tenais contre moi.
Je m’abandonnais au temps sans ressentir l’envie d’en saisir les variations fragiles. J’épousais les contours des heures jusqu’à me fondre en leurs détours, lovée au cœur immobile du temps, moi qui n’étais qu’un sentiment unique.
Que suis-je maintenant ? Que reste-t-il de ce corps, de cet esprit qui ne faisaient que contenir, qui n’étaient que les contenant fidèles du trésor dont ils ont été vidés et qui les faisait être ?
Je ne suis qu’un corps désert.
Rien ! Rien ! Je n’ai rien fait d’autre pendant cinq ans et rien, rien ne reste à mon cœur une fois Max parti.
Je parcours sans fin des étendues vides !
Je suis lasse mon Dieu, perdue et sans secours, moi qui ne sais plus même ce que j’aime.
Et rien rien ne coule plus de mon cœur tari.
Qu’il soit donné à mon âme une force neuve et à mon cœur une nouvelle passion, puisqu’il fut permis que j’aime ce qui devait m’ être un jour retiré.
Que ma joie revienne en ce monde où rien n’a de valeur que dans la mesure où on l’aime.

8.
carnet

27 mai
Hier je me suis masturbée comme jamais encore je ne l’avais fait. Je me caressais quand en effleurant un point précis, une onde de plaisir à jailli jusqu’à mon cerveau. J’ai continué à le toucher et un trou s’est ouvert jusqu’au fond de mon corps, d’où est montée une sensation vertigineuse de plaisir, une vague qui gagnait lentement jusqu’aux extrémités de mon corps. J’ai tourné de plus en plus vite, tout mon corps aspiré dans un tourbillon qui s’élargissait, et soudain tout s’est concentré en ce point presque insoutenable, je n’étais que ce point, je n’étais que sensation, écoute, attente, attente, attente, dans la montée de cette sensation qui venait venait venait… tout a explosé et mes épaules ont été rabattues sur l’oreiller en même temps que mes jambes.
Je suis restée longtemps immobile (tandis que j’étais lentement gagnée par un bien être infini.)

23h45
dans mon lit
Cela fait presqu’ une heure que j’essaye de lire. Mes yeux vont de la porte au bureau et du bureau à l’étagère, et mon esprit dérive au fil de ce parcours qui traverse les ans.
Au centre des objets qui ne me ressemblent plus, la source brûlante de mon être, naissance de ma perception. Je suis et reconnais, fais advenir contours et souvenirs. Ancrée en cet espace, à la croisée des temps et pourtant intemporelle et infinie, moi qui me déploie jusqu’aux frontières toujours repoussées de mon esprit.
Je n’arriverai pas à lire ce livre que j’aimais. Un jour je m’endormirai aux bras de l’homme que j’aimerai et ni futur ni passé n’auront plus d’importance.

9.
intérieur train

Quand j’étais à Paris je travaillais tout le temps. Pendant tout le trajet du train qui me ramenait de Nice, je lisais et apprenais mes cours. J’étais triste, j’étais fatiguée, mais j’attachais mes yeux sur les lignes et forçais mon esprit à les mémoriser. C’est seulement l’année d’après que j’ai découvert le bonheur de l’oisiveté, la liberté d’avoir la possibilité de ne rien faire.
Je n’ai plus jamais travaillé dans le train.
Et là, dans ce wagon qui traverse la France, je rêve, me projette et me souviens.
J’appuie ma tête contre a fenêtre et savoure le luxe inouï de ne faire rien d’autre qu’être là, avec mon corps, mon esprit, dans le ventre du train qui m’emporte et me berce.

Chanson
Once upon a time was born a little child
Then fall the leaves, they follow the stream
I don’t remember anything but the light
Of those two dark eyes ans shape of her face

My looo- ve is dead
I’m looking for it and can’t undertand
Where are all these years gone
I have’nt anything left

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La chanson de Lyon

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Lyon

Entre tes deux fleuves mon cœur
Sur la berge droite de la Saône,
la partie droite de mon corps
Sur la berge gauche du Rhône,
la partie gauche de mon corps
Entre tes deux fleuves mon cœur

Sur la colline de la Croix-Rousse,
mon front, ma tête et mes lèvres
Sur la colline de Fourvière,
ma nuque, mes épaules et mon ventre
Entre tes deux fleuves mon cœur

Sur chaque pierre du Vieux Saint-Jean,
l’empreinte de ma main droite
Sur chaque pierre de la Presqu’Ile,
l’empreinte de ma main gauche
Et coulent avec la Saône
Et coulent avec le Rhône
Le souvenir de mes amours
Et le passage de mes ans

Que soit bénie chacune de tes rues
Que soit béni chacun de tes pavés
Lyon la ville de  mon coeur
De toutes celles que j’ai aimées
Tu es la plus belle des villes
Et la plus chérie de mon cœur.

La souveraine des rêves

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Au matin je rêve
et paresse sans fin
A midi je rêve
et me lève pour regarder
par la fenêtre

Je mange ou ne mange pas
Je me nourris de songes
de tout ce qui n’est pas vrai
indigestion de mensonges!

Et je me couche sur le sol
douceur de mes membres étendus
et de mon dos, et de ma tête
les yeux tournés vers le plafond

bruits chambre
craquements

je rêve
je rêve
et mes pensées déambulent
en se tenant pas la taille
elles qui sont les funambules
de mes journées où tout défaille

mouvements corps
(Chaleur et douceur)

Je dors
et mon sommeil a des couleurs
fauves
et claires

dans ma main mes cheveux
la tête penchée sur mon bras
je respire l’odeur de coton
et plonge à nouveau dans les rêves

soupir?
Silence

Je suis l’immobile
J’habite une chambre qui est un vaisseau
et bercée par le vent
je vogue
la voile tendue
sur l’océan des jours

Passagère immobile
je glisse vers le bord du jour

Je rêve
dérive
tout m’est doux
tout m’est trêve

et la fenêtre
m’ouvre
le ciel

se lève et va vers la fenêtre, l’ouvre

Je regarde
les feux d’or et de sang
du soleil
qui descend
et ce spectacle
coule en mon coeur

bruits légers rue, silence

Ronde des heures
Cycle de la lumière
Montée et déclin
Clarté et brume

Je suis spectatrice
et le monde se livre à moi
Qui connais le luxe suprême
de goûter le jour pour le jour

Que viennent lettres et visites
Elles s’arrêteront à mon seuil!
Ma fenêtre ouvre sur le ciel
J’ai jeté la clef de ma chambre/porte
Je suis prisonnière de mes songes
Je n’entends plus aucun appel
J’ai perdu l’usage de ma langue
Je suis la dernière en mon monde.

Et le soir
tombe
monte l’obscurité
les bruits de la rue rejoignent
les sons joyeux qui tournent en moi

ma tête est une féérie
couleurs
or et mauve
fusées qui tracent dans le ciel
des traînées rouges et les oiseaux
zèbrent par leurs mouvements
les fréquences de mon cerveau

Devant mes yeux un paysage
qui dépasse l’horizon
paysage circulaire
qui m’enveloppe et me contourne

Je vois au-delà des limites
un espace infiniment grand
où tout s’enroule et tout crépite
sous un ciel jaune et blanc

au-delà des mers des soleils
qui ont des taches roses et bleues
je bascule en cette vision
qui est ronde comme la terre

tout se forme et tout se crée
j’accède à l’origine du monde
à la source chaude et sacrée
écho de mon propre coeur…

… qui le rejoint!
vient en moi
ils battent à l’unisson
je m’ouvre à l’horizon mouvant
qui s’abat sur mon corps
en vague immense

et la mer pénètre mon coeur
réceptacle offert à la vague
qui m’emporte les yeux, la tête
je ne suis plus que ce courant

Tout tourne et me mêle
j’ai rejoint l’horizon
les vagues m’entrainent
et mon coeur est la mer
ma poitrine se fêle
s’ouvre et se soulève
en elle un souffle
qui me projette contre
la fenêtre

Il n’y a plus carreaux ni mur
Je bascule vers les lumières
fusées de la route et du ciel

J’ai sombré au trou béant
voilà que je rejoins le vent
chaleur de son souffle en mon corps
il n’y a plus contour ni peau

je flotte dans l’air et le ciel
des étoiles tout autour de moi
les oiseaux jettent des appels
je dérive et flotte, flotte

j’ai rejoint l’espace éternel
il n’y a plus contours ni trêves
j’ai rejoint l’espace du rêve

Je suis couleur et mouvement
formes fantasmagorie!
Je suis portée par un courant
qui m’entraine vers la ville

Tout autour de moi la nuit
l’air transparent et le souffle
voilà que je descends vers vous
je vois vos visages endormis
ville entière de vos visages
tournés vers moi

J’avance sur la nuit ailée
Je suis la reine de la nuit
Je vois vos paupières qui vibrent
elles qui m’appellent et me cherchent

Je viens remplir ces corbeilles
de fruits et de fleurs vives
Je viens! n’ayez crainte
Vous ne saurez le grand silence
le vide n’est pas pour ce soir
je viens combler vos corps déserts

Je vois vos lèvres qui s’entrouvrent
et vos être abandonnés
vous êtes vides et je suis pleine
gorgée de couleurs et de sons

Je ne suis que couleurs et sons
Je suis la forme et la matière
Ouvrez l’espace de vos têtes
Je suis liberté, je suis fête

Je viens combler vos veines ouvertes
Vos connaitrez de nouveaux mondes
L’horizon large que j’ai vu!
Je connais vos peurs, vos désirs
les plus enfouis, les plus fous
je déverserai mon délire
glisserai le malaise en vous

Je suis l’ouverture à la nuit
passage jusqu’au jour nouveau
J’ai vu l’origine du monde
Je verserai en votre nuit
la sagesse la plus féconde

Je suis reine et je viens à vous
Moi qui ai sur vous toute emprise
Je vous prends en mes doigts de vent
Je viens verser en vous des sons
j’ai repris l’usage des mots
le langage des impressions
Des couleurs et des mouvements

Tout sera beau et sera grand
Votre univers transfiguré!
Je vois votre tête entrouverte
J’arrive!
Rien ne sera plus comme avant