Archives Mensuelles: janvier 2012

15/02 Scénario fiction sonore sur le rêve

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Personnage 1 : le vieillard
Personnage 2 : Claire
Une chambre. Au centre : le lit. A droite : la porte. A gauche : la fenêtre.
Tous les sons sont centrés autour de la perception du vieillard immobile dans le lit, qui est celui qui parle. Enregistrement au couple, important de bien situer l’espace.

Je ne sais plus depuis combien de temps je suis dans cette chambre.
Cela fait des années que je n’ai pas quitté ce lit.
Les portes de mon corps se sont fermées les unes après les autres.
Mes jambes ne se soulèvent plus, ni mes mains ne s’ouvrent/ mes mains ne s’ouvrent plus. Mes yeux ne perçoivent  plus que des ombres indistinctes. Je les garde fermés. La solitude a posé sur ma bouche un bâillon éternel.
La vie s’est retirée de plus en plus profondément en moi. Ne reste que le roulis de cette voix intérieure qui résonne dans les parties désertées de mon corps.
Quand la fatigue qui ne me quitte jamais/m’habite se prolonge jusqu’à la source de mes pensées et la tarit, que je suis las et écoeuré de ma seule compagnie, je me tourne vers les deux dernières voies d’où me parvient le monde,
Et j’écoute

(voiture qui passe)
(silence)
(cliquetis radiateur)

Objets dont les voix me sont devenues familières, vous êtes les derniers à me parler encore. Sur (toute l’étendue de) la mer hostile des jours dont j’ai perdu le fils des heures et qui n’est plus qu’une immensité sans contours, vous seuls m’accompagnez de vos appels, comme des oiseaux qui suivraient ma dérive.
La fatigue me submerge et je voudrais mourir.

(soupir)
(bruits chambre)
(respiration)

Depuis mon immobilité je reviens toujours aux terres du souvenir que j’arpente sans fin, vagabond d’un pays qui n’existe pas et que je fais à chaque fois plus beau. Je le façonne à mon goût, le modèle à mon image, je fais de ce mirage un présent plus vrai que la réalité qui me devient/m’est devenue inaccessible. Je revis les scènes anciennes, les forme et les colore, et mes pensées suivent inlassablement le même cours, ruisseaux menus qui tous me ramènent vers toi.

(respiration)

Les médecins ont pensé ce qu’ils ont voulu, je sais bien que la vie s’est retirée de mon corps à mesure que grandissait en moi le regret de t’avoir perdue.
Que le monde se fonde en une seule couleur et disparaisse  hors  de ma vue. Que mes oreilles captent les derniers sons et se scellent à jamais. Le seul objet qui m’était cher, le seul qu’il m’importait de voir, d’entendre et de rejoindre, c’était toi, toi la seule j’aie aimée. Mon cœur est exsangue, sec et moribond, mais sa dernière larme sera pour toi, et mon dernier souffle portera ton prénom.

(respiration)

Se soulève dans mon corps une vague de regret, de peine et de colère, ah ma chérie, si le passé que je construis pouvait être celui qui fut, si je pouvais avoir prise sur le temps, le changer, le changer, et ne pas avoir fait ce que j’ai fait.
En ces heures immobiles, j’ai appris ce qu’est la damnation éternelle et mon âme intranquille me parcourt en hurlant.

(cloche sonne 10 fois)

Est tombée la nuit, ma compagne fidèle. Je sens sur mon front ses mains douces et sur mes paupières ses cheveux. Elle m’embrasse. En son corps qui m’enlace je trouverai le repos, quelques heures, quelques heures hors de moi. Et mes rêves seront chargés de couleurs et de sons.

(respiration de plus en plus lente)
(Bruit de porte qu’on ouvre.)
(pas)

Claire ?

(silence avec présence)

Claire ? C’est bien toi ?

(silence)
(effort pour sortir du lit)

Je ne peux pas bouger. Viens. Approche-toi. Je t’en supplie, viens.

(femme qui se lève, ouvre la fenêtre. Bruits d’oiseaux. De plus en plus forts, jusqu’à l’angoisse. Silence)

(Bruits du radiateur.
Respiration.
Bruits chambre (tic tac réveil ?)
La cloche de l’église sonne huit coups.)

Le passage des heures. Rotation infiniment lente d’une roue énorme qui m’approche de la délivrance. Le terme de ce jour, premier dont j’ai compté les heures. Je savais qu’un sommeil diurne ne m’ouvrirait pas les portes du monde où elle m’apparut.
Tout mon être appelle la nuit.
Que je la revois, que je la revois.
Qu’elle revienne.

(une porte s’ouvre. Bruit de pas de femme. )

Claire

(bruit d’une cigarette qu’on allume)

Claire

(elle allume une radio)
(musique comme Let’s never stop falling in love des Pink Martini)
(elle chantonne)
(commence à danser)
(rit ?)

Claire, viens !

(musique de plus en plus rapide et forte)
(tourne tourne tourne)
(Silence)

Ma chérie.
Ta pensée me porte. Je me blottis entre ses ailes et contemple les paysages, si loin, si bas en-dessous de nous. Je quitte ce corps qui ne m’appartenait plus et me fonds en ce vol lent et calme où je rejoins le vent. Lové en ta pensée je me dissous en toi/dans l’air qui nous enveloppe et ne suis plus que ce contact.

(dix coups sonnent)
(Porte qui s’ouvre)
(Pas)
(silence : ils se regardent)

Viens

(pas vers la fenêtre)
(puis vers le lit, sur lequel elle s’assied)
(on entend sa présence toute proche)
(Elle s’allonge à côté de lui.)

(deux respirations.)
(respiration du vieillard de plus en plus forte, puis hâchée, faible, de plus en plus faible)
(silence).

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