Archives Mensuelles: novembre 2011

Transcription se lier à l’invisible

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Transcription docu

Françoise

L’homme que vous avez vu tout à l’heure qui était en train de prier, tout l’après-midi il a joué de la cithare. Eh bien je suis rentrée dans la paix de Dieu par la beauté de son …. De sa cithare.

Cithare

Générique

Cithare 

Moi

Je vois ce matin, j’étais en train de décrocher, et là tout le monde se lève et chante « Alléluia ». Eh bien j’ai vraiment essayé de tourner ma prière vers le Ciel, de l’adresser à Dieu. Et… je suis convaincue que Dieu Il est toujours en relation avec nous et que c’est nous… enfin moi je vois, qui n’arrive pas à toujours m’ouvrir à ce que je reçois. Mais la relation elle est tout le temps. Et je vois… enfin là ça faisait longtemps que je n’avais pas communié où fait un truc comme ça et pendant la communion, bon ben là pouf on le reçoit, c’est pas à nous de…. Il faut se dire que c’est Dieu qui vient vers nous.

Imam

Mohammed

L’imam, avec cette voix de sagesse, de mélodie, de poésie si on peut dire, enfin ça n’engage que moi, c’est ce que je ressens, il faut que la voix qu’il utilise ne rejette pas les gens. Il faut qu’elle attire, et que les gens ils l’écoutent, même s’ils ne comprennent pas, parce qu’on a aussi des gens d’Afrique du Nord, ou des Français musulmans qui ne sont pas tenus de connaitre l’arabe ; on écoute, et ça va droit au cœur ce qu’il dit. Les gens vous les voyez… On est là et on écoute, ça attire, on ne pense qu’à ça.

Imam

Il y a aussi un moment… de prière en soi. Mais pas que pour soi hein, on prie pour l’humanité. C’est collectif, c’est comme dans les églises, c’est pour l’humanité. Ca a plus de sens.

Et la prière vous la faites…
-En commun ? Oui.
Oui en commun, c’est très important. Ca a plus de force quand c’est en commun. Parce que… on voit les gens. On dit lui il n’est pas venu, il est peut-être malade ou… Ca a beaucoup de sens quand c’est en commun.

Et là… Ca y est. Tu es face à ton Créateur. Tu ne te retournes pas ! Parce que tu ne veux pas gâcher le plaisir de la relation directe avec ton Créateur.

Prière

Instruments bouddhiques

André

La première chose qui me vient à l’esprit c’est l’amour.

Parce qu’au final on revient toujours à ça.

Gong !

Mantra tibétain Chokri

André

C’est aussi une raison pour laquelle je veux revenir dans la Vipassana, parce que mon voisin, qui a fait les dix jours entiers, il m’a dit que le dernier jour, on change de méthode, on n’est plus centrés sur nous mais on voit qu’on émane tous de l’amour. C’est une sensation que j’ai déjà eue pendant d’autres retraites et déjà quand on l’ a tout seul c’est déjà très agréable, mais quand on le fait à vingt c’est très agréable aussi (début mantra français) et j’imagine que quand tu le fais à trente après dix jours de réflexion sur toi, ça doit être assez fort.

Mantra (gradation)

André

Si tu me demandes de décrire l’amour tel que je le ressens pendant les moments de méditation, c’est un état dans lequel tu as un respect énorme pour tout. Où il n’y a pas de concurrence, si je prends chez l’autre j’ai plus. Et un sentiment que tout va bien, que tout est bien, que même si je ne finissais pas la maison que je rénove, tout ira bien quand même. Mais c’est un sentiment qui n’est pas à l’extérieur, elle est là, et si tu te coupes de ça, c’est que tu es coupé de ça par ton mental, tes mauvaises habitudes ou ton inconscience. Mais en réalité, elle est là quoi, et elle te traverse. C’est comme si tu te rendais compte que tu baignais dans l’eau. Mais que l’eau elle te traverse, elle est à l’intérieur de toi.

Percussions

Le départ (extrait de Récit documentaire Se lier à l’Invisible)

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Vendredi soir après la mosquée, j’ai encore essayé de joindre la synagogue de Bordeaux, le centre israélite de Bordeaux, les centres bouddhistes de toute la région, et le père de l’amie de l’amie juive de ma mère … sans succès.

Le soir, je suis sortie, parce que c’était vendredi soir. Il y avait de la musique, des gens, de la place. J’aurais bien voulu de danser. Mais impossible de décoller mes pieds du sol.
Au fond, je n’avais pas vraiment envie de danser.
Je n’avais même pas envie de boire.
J’avais envie de me barrer.

Le lendemain j’ai dit pitié mon Dieu aide-moi à sortir d’ici. J’ai regardé le site de covoiturage sur lequel il n’y a jamais de covoiturage Angoulême-Lyon.
Il y avait un covoiturage Angoulême-Lyon. Qui partait à 14h.
Il était 13h30.
Je me suis retrouvée sur la route de Lyon. Ciao Angoulême et les galères. J’allais voir ma famille.

Le covoiturage

On gagne Limoges par les petites routes, pour y déposer Julien, 18 ans, un Limogeois qui n’aime pas Limoges.
« J’avais justement envie de passer un week-end à Limoges pour découvrir la ville.
–          Où ? A Limoges ? Sincèrement, je te déconseille.  Le seul truc bien de Limoges, c’est la fête des petits ventres, une fois par an, où les petits producteurs du coin font découvrir leurs produits.
–          Ah oui ? Ca doit être bien ! –Non, je dis ça, mais en fait ça aussi c’est trop nul. »
Bref, je reste seule avec Céline. Et quand je lui dis que je fais un documentaire sur le son dans les pratiques religieuses et que je suis bloquée dans mes recherches, elle me répond : « C’est drôle, je fais justement partie d’une communauté bouddhiste en Savoie, tu pourrais venir passer une journée si tu veux. » Alléluia.

La synagogue

C’est une petite cérémonie, car le jour du Shabbat, jour de la célébration, on ne peut précisément pas se servir d’appareil électronique, et donc pas enregistrer.
Les femmes sont séparées des hommes par un rideau blanc, et reléguées dans un espace réduit, à peine une rangée de chaises. D’ailleurs il n’y a qu’une seule autre femme. La cérémonie se déroule en hébreu. Je pense qu’ils récitent des psaumes, ou des passages de la Bible ou de la Torah, en le ponctuant de « Amen ! » lancés à voix forte. J’ai l’impression qu’il y a surtout des hommes âgés.
Au milieu de la cérémonie, la femme, âgée elle aussi s’approche de moi et me chuchote
« Tu es étudiante ?
– Oui
– Ah bon. Et tu loges où ? Tu as où dormir ? »

Vendredi

Je me souviens de ce que m’a dit Céline, sur le fait qu’en nous servant la plupart du temps de notre mental, partie du cerveau qui prévoit, divise, organise, on passe à côté de ce qui serait véritablement la réalité du monde. Un monde avant tout uni, beau, parfait, une sorte d’équilibre. Nous pensons qu’une chose est bonne ou mauvaise, parce que nous la saisissons à travers le filtre de certains capteurs. Mais en réalité nous ne savons rien, et si nous acceptons de ne plus chercher à nous accrocher à ce que nous croyons bien, ou mal, et que nous laissons simplement les choses être et se faire, tout se dénoue, et nous accédons à une dimension plus profonde de la réalité. Tout est bien, tout est juste comme ça, me disait-elle.

Je me retrouve énormément dans cette humilité face aux événements que l’on retrouve pour moi au premier plan dans le christianisme. J’ai voulu que des choses soient, ou ne soient pas, continuent à être, ou cessent, mais je ne savais pas, je ne savais rien. On ne peut pas savoir ce qui va résulter de ce qui arrive. On s’accroche, on souffre, mais finalement on ne sait pas. Et tout peut se dénouer dans l’acceptation, le lâcher prise. Les choses ne dépendent pas forcément de nous !

C’est la Providence. Je m’accrochais à Angoulême et quand j’ai lâché prise et que je suis partie, je l’ai rencontrée et tout s’est dénoué. En pensant qu’on peut tout gérer tout seul, on ne laisse pas de place pour l’aide, l’autre, la main de Dieu. Délier. Tout coule, coule, coule. Nous porte. Oh mon Dieu ! Cela demande aussi un immense abandon.

Le bouddhisme incite aussi à se reconnecter avec soi. Ce qu’on est. Ce qu’on ressent. Avec notre environnement. Nous ne sommes pas de purs esprits ! Il incite à être à l’écoute. A ne pas traverser l’existence sans même avoir pris le temps de se rendre compte qu’on existait. Alors bien sûr parfois c’est dur, il y a des choses qui remontent à la surface. Mais les laisser remonter, pour justement pouvoir les accepter, et les laisser se dénouer, et s’écouler.

Le monastère bouddhiste

Me voici attendant Céline à la petite gare de Pontcharra, Savoie. Il est 11h, grand soleil. Je suis entourée par les montagnes.
Je la retrouve et l’ascension commence. La route se fait de plus en plus étroite. Elle me raconte comment, la première fois qu’elle est venue, sa voiture a dérapé sur la neige et s’est immobilisée en travers du chemin.
Nous arrivons. Je descends de la voiture et je n’en crois pas mes yeux. Nous sommes sur un plateau entouré de montagnes couvertes d’arbres aux couleurs rouges, jaunes, dorées. Au milieu du monastère, un      tibétain, tour au toit pointu, décorée d’une multitude de petits drapeaux aux couleurs vives, alignés sur des fils reliant le toit au sol. Tout autour, très espacé les uns des autres, les bâtiments immenses d’une ancienne abbaye cistercienne. Partout de l’herbe, de l’espace, et l’impression d’être au cœur de la montagne.
Céline me montre sa chambre où devait dormir autrefois un moine, et le bâtiment des « retraitants », ceux qui comme elle il y a quatre ans, ont commencé la retraite traditionnelle de trois ans, trois mois et trois jours. Ils ne sortent jamais de cette tour qui me parait extrêmement petite pour une dizaine de personnes, passant leurs journées à méditer sans aucun contact avec l’extérieur, hommes et femmes séparés. Le but : parvenir à (mieux) se connaitre soi-même.

Céline, qui depuis sa retraite travaille dans le monastère comme organisatrice, est très occupée car plusieurs stages ont lieu ce week-end. Un stage de kyudo (art martial zen), méditation sur les familles, et une retraite de plusieurs jours, en silence et avec des temps de jeûne. Elle propose à deux de ses amis de me parler du son dans le bouddhisme, ils sont disponibles dans la soirée.

Après le repas pris en silence avec certains des participants, Céline me conduit jusqu’au temple ou aura lieu, le soir, la cérémonie, est qui est situé dans l’ancienne abbaye. Elle retourne travailler. J’entre. Une très grande pièce, incroyablement colorée. Il n’y a pas un recoin qui ne soit pas rouge, rose, vert pâle, orange, bleu. Au fond, une grande statue de Bouddha, entièrement dorée, comme la multitude d’objets qui l’entourent. Sur le sol des rangées de coussins, eux aussi oranges, fushia. Deux personnes sont assises, immobiles. Je m’installe sur un coussin et j’ouvre le petit livre qu’il y avait dessus.
« Du cycle éternel de vie et de mort délivre-moi ô Grand Bouddha. »
Tout est calme, silencieux, doux…
Tranquille.
Une femme est allongée la tête sur un coussin.
J’hésite, puis je l’imite. « Tout est un. Tout est bien. »
Je m’endors au pied du Grand Bouddha.