Archives Mensuelles: octobre 2011

Le bain

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 » De la beauté, une fleur par hasard en aurait-elle?
Un fruit, aurait-il par hasard de la beauté?
Non: ils ont couleur et forme
Et existence tout simplement »
Fernado Pessoa Le gardeur de troupeau

Si j’avais une baignoire, ma vie serait différente
Car quand je suis dans mon bain, je vois que j’ai un corps
Je le regarde, je l’écoute
Je pense à lui.

Il y a peu de moments où on ne fait rien
Et dans mon bain, je ne fais qu’être
Je sors un pied de l’eau, puis l’autre
Parfois, je me retourne
Je pense au poids de mon corps, à sa forme, son contour
J’essaye d’écouter ce qui est à l’intérieur de mon corps
Je tends l’oreille
Et je ne pense à rien d’autre
Je vois que mon corps est.

Si j’avais une baignoire, ma vie serait différente
Car quand je suis dans mon bain, je vois que je suis dans un environnement
Je le regarde, je l’écoute
Je pense à lui.

Il y a peu de moments où on ne fait rien
Et dans mon bain, je regarde autour de moi
Dans la salle de bain de Lyon, il y a des petits carreaux verts
Un petit tableau, de l’espace
Et j’ai l’impression d’être entourée de bambous
Le silence
Et la tiédeur de la lumière des lampes
Je vois que cet endroit m’entoure
Je vois que cet endroit est.

Si j’avais une baignoire, ma vie serait différente
Car quand je suis dans mon bain, je vois que j’ai des sensations
Je les observe, je les écoute
Je pense à elles

Contact de la baignoire contre ma joue
Contre mes mains
Chaleur de l’eau
Douceur
Chaleur
Je suis attentive à leurs petits signaux
Je les sens qui se prolongent, s’attardent, cessent
Je les suis
Je vois que mes sensations sont.

Si j’avais une baignoire, ma vie serait différente
Car quand je suis dans mon bain, je vois que j’ai des pensées
Je les observe, je les écoute
Je pense à elles

Elles montent vite dans le silence et la solitude
Se multiplient
Mais il fait chaud
Et je n’ai pas envie de penser à ce que je vais faire
Ni aux autres
Je les laisse prendre forme
S’évanouir. Grandir et s’étirer
Se prolonger
Je les laisse être
Et je vois que mes pensées sont.

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28/10 Le bain 2.

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Je ne suis ni mon corps
Ni mon environnement
Ni mes sensations, ni mes pensées
Ni même  la somme de tout cela
Mais ils sont
Ils me prolongent, ils me suivent
Ils sont autour de moi
Ils sont

28/10 Le bain 3.

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Quand j’aurais un corps de vieille femme
Un corps malade, brûlé, estropié
Quand je serais dans une auge fétide
Quand mes sensations seraient des réflexes de dégoût
Et mes pensées des sursauts de haine et de colère

Que je me souvienne
Que mon corps,
Mon lieu
Que mes sensations, mes pensées
Ne sont ni bons ni mauvais
Qu’ils ne sont ni beaux, ni laids
Ils sont

Que je les regarde, que je les écoute
Que je vois qu’ils sont
Que je les vois être
Je les accueillerai
Eux qui sont le prolongement de moi

17/10 Mon cheval

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Mon  cerveau :
Disque à moitié rayé sur lequel  cinq pauvres pistes tournent en boucle.                                        

Le travail pour le Créadoc
et depuis hier soir le docu le docu le docu

Les choses à gérer
le billet de train quand comment poser une option ou non, ce week-end passer par Paris ou seulement lundi, et la CAF, le code, oui je vais demain au code mais on finit à quelle heure demain et par rapport à l’électro-acoustique, et le papier pour la fac de Poitiers, ah oui faut que je le fasse ça, demain peut-être, oui ce serait bien que je le fasse demain, mais il est où ? oui il faut que je le prenne et chercher l’adresse aussi
en courbe exponentielle depuis que je me suis rendue compte que la semaine du  26 et 28 octobre approchait à grands pas, et que je déplace sans cesse, comme un montage infinissable, mes éléments Paris-Lyon-Thonon-montage.

Papa
En nette baisse depuis  le retour en force des pistes créadoc et organisation, mais qui revient, toujours toujours toujours, et qui tressaute tressaute et se bloque, se bloque se rebloque. Et régulièrement je réappuie sur le bouton play, et parfois la piste semble vouloir démarrer, et ça s’enraye, et ça ne démarre jamais vraiment, et j’essaye j’essaye et on passe à une autre piste et je ne sais pas comment faire, et parfois je débouche sur une idée précise, et je passe joyeusement à une autre piste, comme si ça suffisait, et ça ne suffit pas, mais personne ne supporte le son d’une piste complètement rayée, c’est la piste de l’impossible écoute et de l’impossible fin, et je ne peux pas me permettre de ne pas remettre toujours cette piste que je ne peux pas entendre, que je ne peux pas dérouler et qui ne se déroule pas toute seule comme les autres.                                                

Mes amours
Je suis traversée par des vents contraires et j’écoute leurs chants et leurs contre-chants qui soufflent, qui gonflent en moi, qui s’attardent. Et je les laisse et la piste défile toute seule, répétitive, parfois discordante, chérie, lassante, concert toujours semblable de voix différentes qui se couvrent et se recouvrent. Répétitive…. Inutile. En amour rien ne s’est jamais décidé dans ma tête. Penser à plusieurs personnes c’est n’en aimer aucune.

Plus que mes amis, les personnes à qui je pense
Celles que j’ai rencontrées, celles que j’aime, celles qui m’aident, celles que je côtoie. Celles qui m’ont marquée. J’ai beaucoup pensé aux quatre frères que j’ai gardés. Parfois les souvenirs défilent, parfois les mêmes quinze secondes tournent pendant des journées. Et j’aime quand tout coule et que ça m’inspire des pensées plus profondes.

Et je pense …. A des choses. Des choses et d’autres. Et je n’ai pas la main sur le bouton. La piste est lancée et se déroule, se déroule. Je suis là, et je ne suis pas là. Je pense. Je pense donc je suis …. Moins. Moins là, moins terrestre, moins engoncée dans des pensées et considérations médiocres qui me rivent à la terre. Je pense donc je suis …. Plus. Plus près, plus profond, plus loin. Plus loin de tout ce qui est moi agissant et calculant, organisant et travaillant. Plus près de mon intellectuelle et philosophique de moi. C’est comme si mon fameux mental, mon cher cheval, pouvait enfin galoper librement après être resté longtemps coincé dans son pré. Comme s’il me portait ! Comme si j’étais sur son dos, et m’y trouvais bien. Peut-être lui lâcher un peu la bride. Quand je le contrôle, il ne va pas bien loin. Ca, je le tiens serré ! Mais le pauvre il tourne en rond, les naseaux pris dans les anneaux, je le tire par ici, par-là, pense à ci pense à ca, faut faire ci et pas ça… Et il s’énerve, et c’est moi qu’il se met à trainer dans le cercle minable que je lui ai imposé. Et je reste à terre, je ne démarre pas, et il me traine, me traine, et je me mets un film pour être débarrassée de lui et le tenir loin de moi. Mais viens mon trésor, emmène-moi où tu veux, vers les considérations que tu veux, et plus elles seront loin, enfouies, embrouillées, métaphysiques, plus je les aimerai. J’ai besoin de toi pour m’élever, c’est toi qui tire le carrosse de mon âme. Mon âme ne s’élève toute seule qu’une seconde, et quand elle ne parvient pas à s’ouvrir à la présence de Dieu elle retombe aussitôt. Je ne vais aller nulle part avec seulement mon corps et mon âme. C’est toi aussi qui me conduis vers la beauté, vers le sacré, vers Dieu. Mon chéri, tout ce que je t’inflige…. Tu te traines un sacré boulet avec moi qui te ramène toujours à des problèmes d’horaires, de liste de course, de comptes et de calculs. Même en écrivant, je me sens tellement fatiguée que je ne qu’une envie, c’est de manger et de regarder un truc.

J’aime quand je travaille, j’aime quand j’écris et que tu te délies, prends de l’allure, et que j’arrive à t’enfourcher à temps, et que tu m’emmènes où je ne serais jamais allée si je ne t’avais pas laissé cette liberté. A chaque fois que je te laisse, tu m’emmènes et tu me fais découvrir des contrées nouvelles. C’est toujours l’imprévu et c’est toujours le pied. J’aime quand tu galopes, que tu fonces et que je m’accroche à toi et à mon clavier, et que tout défile et que je ne fais pas une seule rature. J’aime quand mes pensées se tissent et que j’oublie mes mains qui cousent ou qui nettoient et que je sens que je me rapproche du nœud, que je me rapproche du centre, surtout laisser faire, ne pas intervenir, et que je me retrouve tout à coup devant une idée qui a la magie d’une révélation et que je sens alors que je suis arrivée à destination. Je te sens qui me portes en ce moment-même. Garde-moi entre tes ailes, mon Pégase de l’invisible. Je sens que je monte, et je sens quand je descends mais je suis la seule à s’arrêter en mettant pied à terre. Parce que j’ai touché une idée qui me plait, parce que je sens que tu t’essouffles un peu, parce que c’est bon pour aujourd’hui. Je me demande jusqu’où tu m’emmènerais si je n’étais pas si limitée. L’être humain, objet fini qui porte en lui de l’infini. Que je me sens finie, limitée, bornée ! Mais j’entrevois, j’entrevois, j’entrevois…

« Car j’ai vu quelques fois ce que d’autres ont cru voir ! » Je ne suis pas Rimbaud mais j’aperçois… Dis-moi, ce que tu me montres, est-ce que je le portais en moi ? Où ? Pourquoi n’y ai-je accès que quelques précieuses minutes? Je voudrais pouvoir accéder à cet état de pensée plus souvent. Sphères successives de mon disque qui se rapprochent de plus en plus du centre. Pourquoi est-ce que je ne reste la plupart du temps qu’à la périphérie ? Est-ce qu’il me faut le rythme de la mer pour me mettre à inventer des mélodies, et cette page de wordpress pour élargir le cercle de mes pensées ? Il suffit que je me mette à chantonner pour que des paroles me viennent. Il suffit que j’ouvre une page word pour que les mots affluent. Que je fasse un ourlet pour que je me retrouve avec des pensées métaphysiques. Dès que je te laisse de la liberté… Dès que je ne te définis pas à l’avance un cercle réduit. Je te lance, ou plutôt je te lâche et zou !

Que j’aime voyager sur ton dos ! et puis la sensation après, le retour sur terre, l’impression de quelque chose d’accompli, que l’idée nouvelle est sortie. Que j’ai accouché de mon idée, et cela sans Socrate ! et tout cela est en moi tout le temps, il suffit juste d’ouvrir la boîte. Pourquoi est-ce que je tiens tant fermée ? Pourquoi est-ce que je m’en tiens à mes cinq pistes pendant toute la journée ? Où est le bouton echapp ?  Bien sûr il faut gérer le quotidien, et apprendre, et assister aux cours et faire dans les temps. Mais que je te laisse de l’espace ! Je voudrais que ce soit toi qui m’emportes dans l’espace des travaux du créadoc qui est un espace de liberté. Pourquoi est-ce que te tiens la bride aussi serrée ? A trop penser à comment, quand et où rencontrer telle personne, je reste collée au sol. Que je réfléchisse. En profondeur ! Que je réfléchisse vraiment.                                                    

Que je vienne sur cette piste de décollage qu’est cette page word et que je parte avec toi mon cheval-fusée.

Tous les vendredi soirs

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Tous les vendredi soirs, il y a une fête
Et j’y vais
Je parle
Je danse
Je bois

Et le samedi,
J’en redemande
Je redemande à danser
Je redemande à boire
A sentir que les autres me regardent danser
Mais qu’est-ce que je cherche ?
Qu’est-ce que je veux ?

Mon Dieu
Où est l’homme que j’aimerai ?
Avec lequel je vivrai
Et dont chaque geste
Sera une merveille
Chaque partie du corps
Une relique

Nous vivrons ensemble
Et quand il entrera dans une pièce
Une force irrésistible s’emparera de moi
Et je voudrai m’élancer vers lui
A chaque pas qu’il fera vers moi
Mon cœur irradiera de joie.

Amour de ma vie
Où es-tu ?
Avec quelles filles passes-tu tes nuits
Comme je les passe avec tous ceux qui ne sont pas toi
Viens mon chéri
Je t’espère,
Je t’attends

Cœur de mon cœur
Je te regarderai
Je serai contre toi
Je te regarderai
Chaque jour de chaque année
Tu m’apparaitras
Plus beau que le plus beau des hommes

Viens mon chéri
Je suis lasse de tout ce qui n’est pas toi.

La danse traditionnelle

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Il y a la ville. Il y a les routes. Il y a les cours, le sujet, les semaines, les relations, les gens.

Il y a les jours qui se succèdent dans l’espace clos des semaines, et chaque fois répété.

Et il y a ce soir, dans un quartier éloigné, une salle dans un grand immeuble où cinq personnes dansaient la ronde à trois pas en se tenant les mains.

J’ai dansé, et j’ai fait tourner ma jupe provençale, et j’ai senti m’atteindre le rythme encore puissant des chansons centenaires. Mon corps l’a suivi, comme ceux des jeunes filles d’autrefois, c’était la même légèreté.

Ils ont tous voulu m’apprendre les pas. Ils m’ont parlé des festivals. Ils m’ont énuméré les régions de France où l’on danse, et quelles danses, et j’ai été touchée de voir à quel point ils étaient heureux de me faire découvrir cela.

Je me suis dit : « Pourquoi aller chercher dans les entrailles des gens. Pourquoi vouloir les faire parler de leurs épreuves ? Pourquoi chercher de l’intime. Pourquoi aller leur demander ce qu’ils ne sont pas spontanément prêts à me donner ? »

Pourquoi ne pas traiter un sujet plus léger, que les concernés seront heureux de voir traité, et demandeurs ? Je les revois réjouis à l’idée que je pourrais venir avec mon enregistreur. J’ai besoin que les choses soient faciles. J’ai besoin que les gens me disent de venir vers eux, moi qui me suis tant imposée depuis trois semaines.

Je ne veux pas être intrusive.

Dans ce sujet de danse traditionnelle, j’ai vu aussi des brèches possibles à de l’intime, du singulier. J’ai vu le visage de Yannick tourné vers le sol. Et j’ai vu la passion et le plaisir qu’ils avaient. Ils m’ont dit le plaisir qu’ils avaient à participer à quelque chose de convivial. J’ai aimé l’idée des bals, où les partenaires changent sans cesse, où les pas ne sont pas toujours respectés, où tout le monde se rencontre, et danse ensemble, et rit. Je les ai trouvés souriants. Je me voyais bien avec mon enregistreur, au milieu de tous ces sourires, et des gens qui seraient ravis de tout m’expliquer. Je me voyais bien apprendre le nom de différentes danses, et suivre Paul dans ses recherches de partitions.

J’ai aimé parler à des gens qui étaient heureux de me faire découvrir quelque chose. C’était facile. C’est reposant.

En fait c’est terrible d’aller vers les gens pour leur demander de me raconter leur histoire.

C’est bien, mais c’est terrible.

J’aime les sujets légers.

J’ai envie de dire moi aussi « A la fin je suis las de ce monde…. » intense ? difficile ?

A la fin je suis lasse de ce monde où il me faut lutter.

J’ai aimé être avec eux.

Hors du temps ! C’est vrai !

J’ai aimé danser. Me sentir légère et apprenant bien.

J’ai aimé qu’on s’occupe de moi !!

J’ai aimé être la petite jeune, la petite nouvelle, jolie, gentille, curieuse, ouverte et pleine d’entrain.

Pour une fois ne pas faire quelque chose de difficile…. Ne pas avoir à recommencer. A faire différemment. Pour une fois ne pas avoir à donner le meilleur de moi, et ne sentir aucun regard. Pour une fois qu’on ne me dise pas, essaye plutôt comme ça, refais, pour une fois ne pas constater que je suis encore très loin du résultat, que mes propositions ne sont pas retenues.

Ah quel plaisir !

Quel repos !

Quelle oasis reposante mes petites danses !

Ne pas avoir à côté de moi quelqu’un qui fait la même chose que moi, en mieux.

Ne pas avoir à tenir mon rang.

A la fin je suis lasse de faire des efforts pour être au niveau des autres. A la fin j’ai envie qu’on me laisse tranquille et ne pas être toujours sollicitée. A la fin j’ai envie de ne pas avoir à montrer ce que je fais.

A la fin ça me fatigue et je n’ai pas envie de parler.

A la fin j’ai envie d’une relation à l’autre simple, en totale égalité, qui ne me demande aucun effort, juste me laisser aller, ne rien prétendre, ne rien jouer du tout, juste la tranquillité et ne pas trop donner.

Ayaya !

Que je ne me perde pas. C’est tout ce que je demande. Que je reste connectée, amarrée à moi-même. Par de solides nœuds, et bien les vérifier. Et vérifier que l’ombre que je projette se superpose sur ce que je suis.

Amarrée à moi-même.

Et là pour ce soir, larguez les amarres ! Parfois j’ai juste envie de ne plus penser ! et c’est bien aussi.

Mes nœuds, mes cordes. En cas de vents trop forts, ils se tendent à craquer, et la voile se déplace, quitte son cadre naturel. Il en est de même de mes réactions. C’est quand la mer est calme, voire immobile, que ma voile peut prendre la place la plus exacte, s’ajuster le plus parfaitement possible.

Il me faudrait une grande étendue calme.

Des rapports aériens.

Qu’on arrête de tirer sur moi en tous sens et toute la journée.

Il me faudrait une grande étendue calme.

Que mon âme prenne son exacte position.

Que tout se replace en moi, parfaitement.

La boussole : Dieu. La mer, le ciel : Dieu.

Et que la paix se fasse en moi.